Interview avec Sr Bénédicte, Carmélite de Surieu
Que signifie consacrer sa vie à Dieu aujourd’hui, alors que l’engagement pour toute une vie peut sembler si difficile à envisager ?
Sœur Bénédicte a fait le choix de la vie monastique et a prononcé ses vœux solennels l’année dernière, après neuf années de formation et de discernement.
Dans cet entretien, elle revient avec simplicité sur son parcours, son appel à la vie religieuse et les joies comme les exigences de la vie au Carmel. Elle partage aussi son regard sur les préoccupations de notre époque, l’engagement, la miséricorde et l’espérance.
Sœur Bénédicte, vous êtes carmélite et vous avez fait votre profession solennelle l’année dernière. Que pourriez-vous dire de votre parcours ?
J’ai eu un parcours assez simple, ce qui n’est pas fréquent. Née dans une famille ancrée dans la foi, la vocation à la vie religieuse a grandi avec moi. Après quelques années d’une vie d’étudiante bien remplie, je suis entrée au Carmel à 21 ans. Cette décision en a désarçonné plus d’un… mais pas ceux qui connaissaient mon attrait pour l’absolu. Après 9 ans de formation et de discernement, j’ai prononcé pour toujours les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance.
Soyons honnêtes : pourquoi une jeune femme choisirait-elle aujourd'hui de devenir moniale ?
Parce qu’elle se sait aimée. Quand Dieu nous saisit, Il nous rend libres et nous fait sentir cet impératif : Il est la vie. Pour tous, cela invite à une réponse. Mais parfois, dans cette rencontre, on pressent que cette réponse sera plus radicale, on entend un appel à répondre à l’amour total par un amour total. Pourquoi ? Je n’en sais rien ; peut-être que Dieu a là une manière de dire à quel point Il aime l’humanité !
Qu’est-ce qui vous a le plus surprise en entrant au monastère ?
Les voies de Dieu ! Que ce soit dans les certitudes qui s’effondrent ou dans les horizons qui s’ouvrent. La vie monastique, par la vie fraternelle particulièrement, est vraiment une aventure vers le Tout-Autre.
Que signifie « consacrer sa vie à Dieu » ?
Lui laisser la place d’accomplir l’immensité de Ses promesses, pour nous, pour le monde. Ça demande de faire le ménage en soi…
Beaucoup de jeunes ont peur de s’engager : comment vivez-vous l’idée d’un choix pour toute la vie ?
Je crois que l’engagement, mettre sa vie en jeu pour autre chose que soi, est la beauté et l’accomplissement de la vie humaine. Mais ce qui a fait la vraie joie de mon engagement, c’est l’expérience que les erreurs et les faux pas commis sont les pierres du chemin. Dieu a assumé complètement l’échec de l’homme et l’a changé en vie. Rien ne peut me séparer de Dieu. Le fond de mon engagement est d’avancer toujours sur le chemin de la vie, dans la vérité. C’est très exigeant, mais c’est surtout une ode à la miséricorde.
Est-ce que les moniales suivent l’actualité, les enjeux sociaux, les préoccupations des jeunes aujourd’hui ?
Je suis entrée jeune, avec mes préoccupations, celles de ma génération. J’ai été façonnée par ce monde et c’est justement ce bout de monde que je suis venue offrir au Seigneur. Le lien avec mes amis me garde en contact avec le vécu d’aujourd’hui, les actualités essentielles nous parviennent toujours. Peut-être que le plus important n’est pas dans le savoir précis de ce qui se passe, mais dans l’amour que nous portons à l’humanité et dans un regard d’espérance pour elle. Cela veut dire rester à l’écoute mais aussi combattre le mal qui habite ce monde et qui est en nous, ce qui demande de poser certains choix de rupture. Nous sommes au Carmel pour prier pour le monde, pour vivre en nous la transformation que nous souhaitons pour lui.
Qu’est-ce qui vous apporte le plus de joie dans votre vie quotidienne ?
L’espérance que tout peut se transformer en joie quand on aime.
Si vous pouviez résumer la vocation du Carmel en une phrase, quelle serait-elle ?
Edith Stein le dit très bien : « Se tenir devant Dieu pour tous ». Je précise juste : dans l’amour.
